bob_dylan_-_cigarette

Ces années là furent les plus folles, les plus tumultueuses et les plus malsaines de ma vie. Ces années là, j’étais heureuse. J’errais dans un espace clos, mon esprit était fermé à toute éventualité de changement, je détestais ma routine mais je m’y complaisais. Plusieurs fois néanmoins, des angoisses, des envies incessantes de partir loin déchiquetaient mon âme, plusieurs fois j’ai pleuré, en regardant par la fenêtre de ma chambre, par la fenêtre de mon désespoir, souvent il pleuvait. C’est dingue comme la pluie me rend sereine, surtout quand une larme du ciel se brise sur le double vitrage. Il me prenait parfois, par compulsion, par envie, ou sans aucune raison, de coller ma tête sur la vitre froide, de frissonner, d’aimer ça. Je me disais que c’était ça la vie, frissonner et aimer ça.  C’était comme des soirs de lucidité, où je savais que ce monde n’allait pas avec moi, que je ne pourrai jamais m’y laisser embrigader, me laisser asservir par cette société, que je valais mieux que ça. Mais qu’y étais-je, si ce n’est une gamine de dix sept ans, qui sentait trop, et tout le temps, qu’elle voulait s’en aller. Qui étais-je pour croire que moi j’y arriverai, à m’arracher à ce sinistre et cynique troupeau ? Alors je m’endormais, pas plus avancée qu’avant.